Mars 2020, de retour de Doutchi, État de l’irrigation des 33 ha de maraichage et projet de 2ème phase

Dernières modifications : 05-Jan-2021

Les quatre sites ont été visités le 13 mars 2020. Ils sont équipés à partir de forages à 180 m dans une nappe renouvelable et d’un système d’irrigation de type californien. Trois sites sont situés autour de la mare temporaire de TapKin Saw : TK1 et TK2 achevés début 2018 qui étaient la réhabilitation de 17 ha de sites existants préalablement irrigués à partir de la mare, et TK3 achevé début 2019 où 12 nouveaux hectares ont été créés. Le quatrième site (4 ha), situé près du village de Togone, est aussi nouvellement créé.

La visite du 13 mars a permis de faire l’état des lieux et de l’efficacité du mode de fonctionnement.

État Actuel

Visite de Tapkin Saw 1  TK1

Les 8 hectares sont pleinement exploités par les 55 exploitants. La pompe est alimentée par NIGELEC ou par le groupe électrogène au fuel en cas de coupure du réseau. Actuellement en pompant une dizaine d’heure par jour, puisqu’il n’y a d’irrigation que la nuit, le volume pompé est de  220 m3/jour. Le taux  d’arrosage exprimé en pluviosité est donc 2,75 mm/jour sur la totalité des 8 ha arrosés.

En tenant compte de la voirie, l’eau disponible dans les parcelles est plutôt proche de 3 mm/jour soit la moitié de la demande évaporative (=Évapotranspiration potentielle) qui est proche de 6 mm au Niger. Malgré cette offre théoriquement insuffisante, les maraichers  semblent satisfaits en général. Une conclusion importante pour l’avenir et pour les futures installations est que le moyen simple  pour doubler le débit journalier est de pomper et irriguer la nuit. Cette solution a, de plus, l’intérêt de mieux rentabiliser les investissements.

Autre retour d’expérience. Le système d’irrigation dans des rigoles dit californien, n’est pas forcément le plus approprié pour certaines cultures, la  pomme de terre en particulier. Le président des maraichers, Hamza qui a un champ de 0,37 Ha  arrose avec un système par  spray, plus efficace et économe en eau, en  utilisant des tuyaux percés, souples et démontables.

 

 

Visite de Tapkin Saw 2   TK2

Actuellement 9 ha sont exploités par 55 exploitants. La particularité de cette installation est qu’elle n’avait pas pu être raccordée au réseau NIGELEC pour des raisons techniques entraînant un sur-coût considérable. A titre d’alternative moins couteuse, la Sté SAMBA a proposé  un champ de panneaux solaires de 7.2 kWc qui rentrait dans le budget.

 

 

Le débit obtenu est de 120 m3/jour par ciel bleu, il peut descendre à 60 m3/jour par ciel poussiéreux comme le jour de la visite mais il faut noter que la demande évaporative est diminuée dans les mêmes proportions. L’étude technique  a montré que pour obtenir les 200 m3/jours, il faut changer la pompe Grundfoss SP17 pour une pompe SP30 et augmenter la surface des panneaux solaires de 50%. Mais là encore, pour profiter pleinement de l’installation, il faut pomper la nuit avec le groupe électrogène.

Visite de Togone 4 hectares nouveaux

Dans ce village, 97 parcelles de 300 m2 ont été attribuées à 93 producteurs dont 87 femmes et 73 jeunes, comprenant des hommes et des femmes.  À noter que la taille des parcelles, notablement inférieure à celle prévue dans le projet (2500 m2) est le résultat des concertations organisées par le RAIL entre la mairie et les bénéficiaires locaux. La mise en culture est plus avancée que pour TK3 car le travaux ont été terminés plus tôt mais  la mise en place des procédures de fonctionnement, dont le collecte de la taxe sur l’eau de 80 CFA pour payer NIGELEC et les frais de maintenance est longue à se mettre en place. L’eau est coupée dans 12 parcelles pour défaut de paiement. Ce gros travail de mise en route  qui avait été sous-estimé est assuré par le RAIL (Issaka dont il faut saluer l’investissement). Il note que les femmes sont en général de bien meilleurs payeurs que les hommes ce qui est une constatation faite à de nombreuses reprises par l’AFD. Par ailleurs, les femmes installent peu à peu sur leur propre argent, un bassin pour 4 parcelles afin de faciliter l’exploitation.

 

Visite de TK3, 12 nouveaux hectares

Les travaux étaient beaucoup plus importants car le terrain était occupé par des champs de mil ce qui a impliqué des    terrassements, la pose de clôtures etc. Ce sont les derniers à avoir été effectués. Au moment de la visite, tout était en place : le pompage, le château d’eau, l’irrigation avec des tuyaux souterrains et des bassins pour chaque lot de 4 parcelles. Treize lots sont occupés par les anciens propriétaires du foncier selon les contrats de rétrocession établis avec la mairie. Il y a 72 parcelles de 2200 m2, pour les hommes et 48 parcelles de 1100 m2 pour les femmes, les jeunes (hommes et femmes) représentent 80% de l’effectif.

 

 

Le premier cycle de culture de 3 mois doit démarrer prochainement, dès que les attributaires auront déposé une avance d’un trimestre de redevance à NIGELEC afin d’éviter les difficultés rencontrée à Togone, telles qu’une coupure de courant par défaut de paiement en plein milieu du cycle. Comme cette opération est lente à se mettre en place, ceux qui ont déjà payé, environ un  tiers, vont être regroupés autour d’une même ligne de distribution pour démarrer plus rapidement.

Point sur la sécurisation, par panneaux solaires, de la fourniture d’électricité aux sites de pompage

L’expérience acquise sur le fonctionnement de TK1 et TK2  et pour les magasins de stockage montre qu’en cas de coupure longue du réseau, les groupes électrogènes  tombent fréquemment en panne car ils ne sont prévus pour fonctionner en continu dans les conditions climatiques locales. Un devis de 40 000 € avait été établi pour la FCMN fin 2019, pour solariser les trois sites et changer les pompes, afin d’augmenter le débit. Dans un premier tant, la Coopération Suisse, à ne pas confondre avec SwissAid, avait  déclaré être en mesure d’assurer le financement. Mais au cours de rencontre du 11 mars, le  Christian Eggs, chef de la coopération et Soufyiane Adamou le délégué au Niger, en présence de Ousmane pdt de FCMN, nous ont annoncé qu’ils ne financeront pas d’investissements en 2020. Ils considèrent que les sommes versées en 2019  à la FCMN devraient lui permettre de payer si elle juge l’équipement indispensable.

 

Magasins réfrigérés de stockage des pommes de terre

Les deux magasins de stockage de 2 fois 20m*10m*5m  ont une contenance totale de 2*150 = 300 tonnes de pommes de terre. Ils étaient tous les deux remplis car c’était le moment de la récolte. A ces magasins ont été ajouté un comptoir de commercialisation directe au premier plan sur le cliché.  Ces magasins sont gérés par la FCMN qui achète au producteur au prix de 275 CFA le kg. Un calcul de rentabilité montre pour la campagne de novembre à février 2019, un prix de revient en sortie du stockage de 275+125 = 400 CFA/kg, ce qui permet de vendre à 600 ou 800 CFA sauf si les marocains exportent à 400 CFA au même moment. Pour améliorer le bilan, il faudrait pouvoir valoriser les magasins les 6 à 8 mois où ils sont vides dans l’année, en stockant d’autres produits maraichers (oignon, tomate..). Cela permettrait d’étaler sur l’année la part des 67 CFA de coûts  hors main d’œuvre qui rentrent dans les  125 CFA/kg de frais de stockage.

 

Par rapport au projet initial financé par le programme Sécurité alimentaire, la FCMN a obtenu les moyens pour sécuriser l’alimentation électrique des groupes frigorifiques.  En effet, la fréquence et la longueur des coupures de réseaux NIGELEC auxquels les groupes électrogènes ne pouvaient suppléer, menaçaient gravement la bonne conservation des pommes de terre et faisait courir un risque financier énorme à la FCMN (50 000€). La solution a été de placer des panneaux solaires et des batteries pour un montant de  20 MCFA par magasin, à comparer au 70 MCFA qu’a couté un magasin.

 

 

 

 

Tous ces équipements sont en marche et bien maintenu par un technicien formé : Bravo

Montage d’une phase 2 du programme Sécurité alimentaire au niveau du département de Doutchi

En 2019-2020, les maires des 6 communes du département de Dogondoutchi ont financé  sur leurs fonds propres une étude sur les possibilités d’irrigation pour le maraichage. Ils ont pris modèle sur ce qui a été fait avec l’AFD sur 33 ha. Le travail de M. Sita des services départementaux du génie rural et de l’agriculture a abouti à un document très complet (87 pages) qui détaille les ressources en eau, les besoins et désirs des maraichers, les choix techniques, les modèles économiques pour chaque commune et en présente les coûts (voir résumé).

Ce projet très ambitieux permettrait d’équiper 300 ha mais nécessiterait un financement de l’ordre de 8 millions d’euros, ce qui est hors des capacités de l’association. Dans un premier temps, nous avons recherché une ONG de plus grande assise financière et plus professionnelle. Les deux ONG que nous avons contactées ne peuvent pas répondre positivement en raison de leurs engagements dans des projets de grande ampleur au Niger qu’elles veulent poursuivre. Cette position est justifiée par la décision de l’AFD de n’accepter qu’une candidature par ONG cette année, en raison des restrictions budgétaires.

 

Le 6 mars le Maire de Doutchi, au nom des 6 maires du département, a confirmé sa volonté de proposer, pour  2021 – 2023, une phase N°2 du programme Sécurité alimentaire afin de promouvoir le maraichage par irrigation et les champs pilotes de mil.  Sachant que le budget sera du même ordre de grandeur que le budget de la  convention N°1 (900 000 €  ~ 600 MCFA). Les Maires des 6 communes vont arrêter en mars et avril 2020 les actions à mener qui seront recueillis par le RAIL pour répondre au pré-appel d’offre AFD 2020 en juin. Si nous sommes retenus en Octobre, l’offre finale se fera fin 2020 pour une notification début 2021. Le projet est résumé ci-dessous.

 

 

 

 

 

 

Un partenaire important pour la réussite du projet  est  la Fédération des coopératives  maraichères du Niger (FCMN), sa contribution est essentielle pour la mise en place de la commercialisation.  La visite au siège de la FCMN, partenaire important, a permis de faire le point complet sur toutes ces activités : cliquer sur le lien

Jean-Christophe Maurin, directeur de l’antenne AFD à Niamey à qui ce projet  a été soumis le 15 mars, a déclaré qu’il le soutiendra auprès de  son collègue Jérôme Dupuis  de l’AFD – OSC à Paris. Il insiste sur  l’importance d’accompagner ces investissements lourds d’irrigation par des actions transversales éducatives, culturelles et sportives. Ces action sont à chiffrer dans le projet soumis à l’AFD pour compléter les financements propres limités de l’Association ou d’instances locales. Le même appui sera fourni par  Christophe Reilhac du SCAC de l’ambassade de France. Ces avis sont importants car ils demandé au moment de l’instruction de la demande.

Une autre rencontre importante a eu lieu le 10 mars avec l’ONG SwissAid qui finance 25 permanents au Niger. Elle est notre partenaire dans le programme d’adduction dans 4 villages avec l’AESN puisqu’elle s’est substituée au gouvernement nigérien pour assuré la moitié des travaux (2 villages). L’équipe de SwissAid a dit être très intéressé à participer au projet irrigation, soit en parallèle soit comme partenaire dans le projet AFD. Un contact a été pris avec l’AFD-Paris (M. Dupuis) pour examiner la meilleure combinaison administrative.

 

Une discussion détaillée des options techniques, à partir des éléments du rapport de Génie Rural (M.Sita) et de l’étude technique faite par JL Boy-Marcotte est annexée : cliquez ici . Le message à retenir qui résulte de l’expérience acquise sur TK1 et TK2 est qu’il faut privilégier un pompage 24 heures sur 24 pour exploiter au mieux les installations. Cela suppose, l’augmentation du volume de stockage de l’eau et le remplacement des réservoirs en inox utilisés pour l’eau potable par de grands réservoirs des 200-300 m3 (bâches) en plastiques si l’on ne peut pas arroser la nuit. La surface irriguée sera proportionnée au débit du forage. Sur la base du débit moyen de 20m3/h des forages actuels on obtient 480 m3/jour qui permettent d’irriguer 8 ha, équivalent à une pluviosité 6 mm, plus du double de ce qui est fourni actuellement mais correspondant aux pertes journalière par évaporation au Niger . Un autre point de l’étude pour sur l’utilisation d’une nappe plus superficielle qui n’exige pas de forages profonds (forages dits manuels) afin de développer les initiatives de jeunes entrepreneurs.