Deux institutrices de Dogondoutchi à Orsay pour le Festival des solidarités

15-Déc-2018

Pour Hassanatou et Mariama, premier voyage hors de leur pays, beaucoup de découvertes et aussi de surprises quant à notre mode de vie. Hassanatou est une des institutrices dont la classe de CM2 a été jumelée avec une classe de CM2 de l’école du Guichet. Mariama, aussi en CM2, s’occupe avec Abdou Garba des malles de livres qui circulent dans les écoles primaires. Toutes les deux sont mères de 4 enfants de 3 à 12 ans.

L’Écho : comment se déroule votre journée ?

Comme toutes les femmes qui travaillent, nous devons concilier vie professionnelle et vie familiale : lever à 5h30 pour la préparation des repas puis réveil des enfants, conduite des plus jeunes chez la nourrice. Début des cours à 8 heures jusqu’à midi, retour de toute la famille, y compris les bébés en nourrice, pour le repas (pas de cantine scolaire), reprise des cours de 15 à 17h30.

L’Écho : comment est organisé l’enseignement primaire ?

Il y a de 40 à 45 élèves par classe, moitié filles, moitié garçons dans les 6 années du primaire.

La langue maternelle de ces enfants est soit le haoussa (majoritaire à Doutchi) soit le germa ou bien encore la tamajaq (touareg). Le Français, langue officielle, est utilisé dès la première année. Un temps d’apprentissage est donc nécessaire ce qui prolonge la scolarité primaire d’un an. Une réforme de 2017 vise à introduire les langues nationales dans les premières années. À Doutchi, une mise en place est en cours avec le haoussa et le français en début de scolarisation. Les résultats sur les premières classes sont encourageants pour l’acquisition de la lecture dans les deux langues.

L’Écho : et dans le secondaire?

La scolarité est obligatoire jusqu’à 16 ans, tous n’accèdent pas au collège. L’an dernier, dans l’une des classes, 21 élèves sur 40 sont entrés en 6ème. Les autres redoublent ou entrent en centre d’apprentissage. La proportion de filles diminue fortement au collège.

L’Écho : qu’en est-il des mariages précoces?

Selon une loi récente fixant l’âge minimum du mariage des filles à 15 ans, les parents sont passibles d’une amende en cas de non-respect. La mesure paraît efficace.

L’Écho : quel avenir souhaitez-vous pour vos enfants?

Comme tous les parents, nous souhaitons que nos enfants fassent des études supérieures (grâce à des bourses) si possible à l’étranger, cependant nous sommes conscientes que le diplôme ne leur assurera pas automatiquement un emploi.

L’Écho : quelles proportion de femmes travaillent?

Environ 30% des femmes de Doutchi ont une activité en dehors de leur foyer. Elles sont enseignantes, infirmières, couturières, employées de maison, ont un poste aux eaux et forêts et protection des animaux sauvages, ou tiennent un petit commerce.

L’Écho : qu’est-ce qui vous parait important dans notre collaboration?

Les actions de l’association dans les domaines de la sécurité alimentaire, du maraichage, de l’eau. Les malles de livres  » Lire pour le plaisir » sont pour nous un précieux outil pédagogique. Nous souhaiterions qu’il y ait un peu plus de dictionnaires dans chaque malle.

L’Écho : que pensez-vous de l’action pour le planning familial?

Nous sommes au courant des interventions de l’animatrice du planning familial, en ville mais aussi dans les villages éloignés, qui touchent femmes et hommes mais uniquement ceux qui sont mariés. Pas question pour une jeune fille de venir s’informer sur ces sujets avant le mariage ! L’espacement des naissances nous semble une bonne chose et nous le pratiquons. Avec 4 enfants chacune, nous espérons avoir le bonheur de voir notre famille s’agrandir encore.

L’Écho : que retirez-vous de votre voyage?

En dehors de nos visites à Paris, à Versailles, nous avons été particulièrement surprises des relations souvent distantes que l’on entretient ici avec ses voisins, on ne se salue pas dans la rue. Nous sommes également étonnées que vos parents âgés vivent seuls et pas chez leurs enfants. Nous vous remercions beaucoup pour votre accueil chaleureux.